Vendredi 23 mars 2007
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Publié dans : variations sur élucubrations
Seize heures trente venaient de sonner au carillon de la gare. Encore quelques minutes et il serait chez lui. Le libraire le salua, comme tous les soirs, d’un salut quasi militaire avec un sourire complice. Pourtant, d’aussi loin qu’il lui en souvienne, il n’avait fait aucune guerre. N’avait pris part à aucune opération d’intervention armée, y compris comme casque bleu. Il ne s’expliquait pas ce salut. Un jour, il lui poserait la question, oui, un jour il lui demanderait. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, vendredi, il n’avait qu’une envie, rentrer chez lui au plus vite. D’ailleurs, il arrivait. Le voisin le dévisagea. Ils se regardèrent l’espace d’une seconde. Pas de salut. Les yeux se détournèrent simultanément et chacun continua ce qu’il était entrain de faire. Lui, rentrer chez lui, le voisin, rien. C’était comme cela depuis le douze septembre mille neuf cent soixante-deux. C’était le jour où il lui avait demandé de tenir le chien car sa mère en avait peur. Le voisin lui avait répondu que sa mère lui faisait peur et qu’il fallait qu’il la tienne. N’ayant pas l’humeur à l’humour, il décida de ne plus lui parler. Mais il n’en souffrait pas. Il se rappelait de temps à autres des échanges météorologiques, ou, dans un élan philosophique, de la supériorité canine dans l’affect. Pas de quoi donner du rythme à la vie, donc, pas de remords. Il entra chez lui, défit sa gabardine beige, l’accrocha à la patère de la porte et alla se couler moelleusement dans le fauteuil du salon. Un petit souffle lui extirpa ces mots : « enfin en week-end ». Il pensa au repos qu’il allait prendre, puis, dans une envie mélangée de plaisir et de repos, il rechercha la détente. Quand il l’eut trouvé, il appuya dessus…







