(Souviens-toi que tu es mortel)
Elle n’avait certainement pas onze ans, moi juste dix. Sa jupe bleue et le chemisier blanc, tenue scolaire caractéristique des années post soixante-huit, m’éclaboussaient. Sa peau brunie par un séjour estival sur les plages du sud me chocolatait d’envie. Ses cheveux noirs et frisés m’ondulaient jusqu’aux poils des bras, dressés comme les javelines d’une armée romaine en campagne. Ses yeux bruns foncés dardaient en moi comme des flammèches d’une bûche de Noël. Deux petites pointes excavaient son chemisier… mes joues suintaient le rouge et perlaient le long du cou… Impossible qu’elle ne me voie pas, elle va me voir, elle doit me voir !
La voix claqua : « tu viens de suite ou je vais te chercher ! ». Ma mère n’attendais jamais, et je tournais les talons, laissant ma muse filer…







